Hommage à Lionel Jospin : la droiture au service du réel
J’ai appris en direct sur le plateau de BFMTV la disparition de Lionel Jospin. C’est une nouvelle qui me plonge dans une profonde tristesse, tant l’homme incarnait, pour ma génération et pour notre pays, une certaine idée de la politique : celle de la rectitude morale et de l’exigence de chaque instant.
Mes premiers mots vont à cette figure de la « gauche du réel ». Lionel Jospin n’était pas l’homme de l’incantation ou des promesses faciles. Il portait une vision cohérente de la société, ancrée dans les faits, avec un respect immense pour le débat démocratique. Il fuyait les postures pour se concentrer sur l’action durable.
Je garde en moi le souvenir de ce « quinquennat magnifique » (1997-2002). Bien qu’il fût Premier ministre de cohabitation, ces cinq années ont marqué l’histoire de France par une capacité rare à faire marcher la gauche sur ses deux jambes : l’idéal et la responsabilité. C’était l’époque de la gauche plurielle, un temps où la diversité des opinions était respectée sans qu’aucune hégémonie ne vienne étouffer les partenaires. Sous sa direction, nous avons prouvé qu’une gauche authentique, responsable et crédible pouvait transformer la vie des gens, à l’image des 35 heures ou de la création de la CMU.
Sa méthode tenait en une phrase qui reste, aujourd’hui encore, ma boussole : « Dire ce que je fais, et faire ce que je dis ». Dans un monde politique parfois marqué par le cynisme, sa parole était rare, mais elle était d’or. Je me souviens avec émotion d’un coup de fil qu’il m’avait passé il y a quelques mois pour m’apporter son soutien dans les combats que je mène ; recevoir l’appui d’un tel homme d’État est un honneur que je n’oublierai jamais.
Mes pensées les plus sincères accompagnent sa famille et ses proches dans cette épreuve. J’ai pu, lors d’un hommage rendu aux côtés de sa famille, embrasser sa fille Eva et lui redire toute l’estime et l’admiration que je portais à son père.
Lionel Jospin aurait fait un excellent Président de la République. S’il nous quitte aujourd’hui, son héritage de probité et son goût pour l’élévation du débat doivent continuer de nous inspirer.


