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La cohérence à l’épreuve de l’antenne

Le 20 janvier, sur CNews, dans « La Grande interview », co-diffusée sur Europe 1, j’ai interpellé la journaliste Sonia Mabrouk sur un point simple : comment expliquer le maintien à l’antenne de Jean Marc Morandini malgré une condamnation devenue définitive pour corruption de mineurs. Cette question, je ne l’ai pas posée pour piéger une journaliste, mais pour mettre en pleine lumière une contradiction, au sein d’une chaîne de télévision regardée par de nombreux Français.

Dans le débat public, certains médias ont choisi de faire de l’exigence morale, de l’ordre et de la sanction un marqueur éditorial permanent. C’est leur droit. Mais cette exigence ne peut être crédible que si elle s’applique d’abord à soi-même. Lorsqu’une chaîne construit son discours sur la dénonciation des manquements des autres — responsables politiques, institutions, citoyens — elle doit accepter que les mêmes questions lui soient posées. La cohérence n’est pas une option : elle est la condition même de la confiance.

Ce moment d’échange n’était pas une polémique de plus. Il a révélé un malaise plus profond : celui d’un espace médiatique où l’indignation est parfois sélective, où l’on réclame de la fermeté sans toujours s’interroger sur ses propres responsabilités. Sonia Mabrouk l’a dit avec franchise : la décision ne lui appartenait pas. Mais le fait même que cette gêne ait été exprimée publiquement a montré que la question posée dépassait les personnes. Elle touchait à la ligne, aux limites et à la crédibilité d’un média.

Mon intention n’était ni de stigmatiser ni d’alimenter une guerre des chaînes. Elle était de rappeler un principe simple : dans une démocratie, la liberté d’expression s’accompagne d’une responsabilité. Les médias jouent un rôle essentiel dans la formation de l’opinion, dans la qualité du débat public, dans la manière dont une société se regarde elle-même. Cette responsabilité suppose de ne pas exiger des autres ce que l’on refuse de s’appliquer.

Au fond, cet épisode pose une question plus large : celle de l’exemplarité. À l’heure où la défiance envers les institutions et les médias progresse, chacun doit contribuer à restaurer un minimum de cohérence entre les valeurs affichées et les pratiques réelles. C’est cette exigence que j’ai voulu porter. Non pour créer une controverse, mais pour défendre une idée simple : la crédibilité du débat public repose sur l’honnêteté et la cohérence de celles et ceux qui y participent.

Dans les jours qui ont suivi, l’affaire a pris une ampleur qui dépasse le plateau, avec une crise interne et des tensions autour de ce maintien à l’antenne. Et puis, il y a quelques jours, Sonia Mabrouk a annoncé sa démission de CNews, en liant explicitement son départ au contexte créé après ses propos sur le sujet. Reste l’essentiel : ce qui s’est passé sur CNews n’est pas seulement une histoire de casting ou de grille, c’est une question de ligne, de limites, et de dignité.