Financement de notre santé : le temps de la « Grande Sécu » est-il venu ?
J’ai eu le plaisir d’accueillir à l’Assemblée nationale Marie-Amandine Stévenin, présidente de l’UFC-Que Choisir, pour échanger sur l’avenir de notre système de soins. Cette rencontre a été l’occasion de mettre en lumière une réalité que nous ne pouvons plus ignorer, le système actuel de financement de nos soins arrive à bout de souffle et pèse de plus en plus lourdement sur le portefeuille des usagers.
Nous partageons un constat lucide, le reste à charge pour les patients ne cesse de croître au-delà de l’évolution naturelle des dépenses de santé. Si le vieillissement de la population ou l’essor de certaines maladies expliquent une partie de cette hausse, d’autres facteurs plus préoccupants sont à l’œuvre.
L’augmentation constante des cotisations des complémentaires santé devient illisible pour les assurés, et l’absence de transparence sur la construction de ces tarifs érode le consentement à l’effort financier. Plus grave encore, cette pression financière contraint désormais certains de nos concitoyens à renoncer aux soins pour des raisons purement budgétaires. C’est une rupture d’égalité que notre pacte républicain ne peut tolérer.
Un autre levier alimente cette dérive, les dépassements d’honoraires chez les spécialistes ont explosé ces dernières années. En 2024, ils ont atteint le chiffre record de 4,5 milliards d’euros d’après le rapport du HCAAM de l’année dernière. Cette hausse nourrit mécaniquement les augmentations de cotisations des complémentaires santé, créant un cercle vicieux où le coût du soin s’éloigne chaque jour un peu plus de la solidarité nationale.
Face à ces enjeux, le financement du système de soins est à repenser en intégralité. L’UFC-Que Choisir a franchi un pas important, puisque son conseil d’administration a acté le principe d’une « Sécu Intégrale ».
C’est une option que nous devons envisager sérieusement collectivement, car le retour à une prise en charge intégrale par l’assurance maladie présente des avantages concrets. Ses frais de gestion sont bien plus faibles que ceux des complémentaires santé. Elle permettrait de simplifier le parcours de soins, de réduire les coûts globaux pour réinjecter ces sommes dans le soin, d’assurer une véritable équité devant la santé quel que soit le niveau de revenu.
Mon échange avec l’UFC-Que Choisir confirme que l’accès aux soins essentiels est l’une des préoccupations majeures des Français. Il ne s’agit pas d’opposer des modèles de manière frontale, mais de chercher avec pragmatisme le système le plus efficace pour protéger chacun. Le débat est désormais ouvert, je continuerai à porter cette voix à l’Assemblée pour que la santé ne soit plus une variable d’ajustement, mais un droit effectif, solidaire et universel.